Chihuly Garden and Glass, plus verre que Nature

L’éclair de génie créatif a encore frappé la ville de Jimi Hendrix, Bill Gates, Boeing et Starbucks. L’artiste du pays -Dale Chihuly- vous invite dans son uni-verre au Chihuly Garden and Glass de Seattle.

Je suis arrivée à Seattle en touriste non-avertie mais toute ouïe. Sans connaître la plus grande ville du Nord-Ouest des États-Unis, j’ai vite compris qu’elle se caractérise par son énergie créative. J’en ai d’abord jugé par les couleurs de cheveux audacieuses portées par ses habitants (violet, rose et bleu étant récurrents). Puis j’en ai eu le goût à son fameux marché Pike Place Market, avant de m’immerger dans sa culture musicale au MoPOP -Musée des plus interactifs sur la Pop Culture.

La cité émeraude trône dans un écrin de nature préservé entre mer et montagne, peut-être la clef pour débrider la créativité de ses plus de 3 millions d’habitants. Prenant comme repère le Space Needle (tour panoramique « aiguille de l’espace » de 185 mètres visible en tout point de la ville), je me dirige vers le centre d’exposition Seattle Center Park and Entertainment Complex qui accueille à ses pieds le maître verrier Dale Chihuly et son Chihuly Garden and Glass.

Dans un pays où l’art verrier est encore jeune, Dale Chihuly est un artiste à part. Son œuvre, souvent monumentale, sous la forme d’objets décoratifs, de sculptures ou d’installations, est distribuée dans le monde entier et présente dans plus de 200 musées. Oubliez l’alliage dur, fragile et transparent à la lumière, il souffle le verre, l’étire, le moule, le coule, le trempe, le feuillette, le fait flotter et lui en fait voir de toutes les couleurs. Il imagine des effets de répétition, d’accumulation, de superposition et d’agencement singuliers pour créer un rythme et des effets visuels sans pareils, et si naturels qu’on ne sait pas trop si son verre est le fait de l’homme ou de la Nature.

 

Initialement destiné à une carrière d’architecte d’intérieur, il se passionne pour la fonte et la fusion du verre à 21 ans. Il se forme aux Etats-Unis puis en Italie à la Venini glass factory sur l’île de Murano, et lors de ses voyages au Moyen-Orient, en Europe (comme à la Cathédrale de Chartres en France, en Allemagne et en République Tchèque) ou au Japon. Son art est influencé par des personnes telles que l’ami-artiste Italo Scanga, Van Gogh, le réalisateur Andy Warhol, le peintre célèbre pour ses ‘coulées’ Jackson Pollock, ou encore l’architecte Frank Lloyd Wright. Il exerce depuis son atelier et maison Boathouse sur le lac Union de Seattle, a co-fondé l’école locale Pilchuck Glass School en 1971, et s’associe ou soutient régulièrement les initiatives/partenaires locaux. Une façon de faire tourner la roue qui lui vaut bien cette consécration à l’aune de ses 70 ans.

En 2011, l’artiste a donc transformé un ancien parc d’attractions (Fun Forest amusement park) de près d’1 hectare pour y exposer un mélange de ses œuvres existantes et nouvelles. Dans le cadre de cette exposition permanente, il voulait « que les visiteurs soient submergés par la lumière et les couleurs d’une façon qu’ils n’en ont encore jamais fait l’expérience ». Il a conçu un Hall d’exposition de 8 galeries, une verrière et un jardin d’installations, créant un chemin d’émotions allant crescendo, de la pénombre à la lumière.

  1. Forêts de verre: l’entrée de l’exposition se fait dans le noir, comme pour vous ôter tout préjugé sur le verre avant de vous faire assister à la naissance de l’art verrier selon Chihuly. Le néant laisse alors place à des lumières fluorescentes de type néon qui jaillissent et vous assaillent, vous envoûtent et vous hypnotisent : ce sont des tas affaissés de teinte rosée, surmontés de lignes bleutées s’étirant dans les airs, défiant toute gravité à la manière de graines qui germent.

2. Salle du Nord-Ouest: vous pénétrez ensuite dans une salle dédiée à la culture autochtone américaine, qui a beaucoup influencé l’artiste. J’y découvre des tapisseries aux motifs Navajo et la série Baskets qui illustre son émancipation de la symétrie traditionnelle de l’art verrier par des paniers de verre déformés par le poids, le temps et la gravité.

 

  1. Sealife room: une installation de plus de 4 mètres vous toise dans la 3e salle, comme une vague déferlante vous rappelant que la Nature -omniprésente à Seattle- est l’ultime inspiration de Chihuly. D’ailleurs, les éléments marins et débris de verre constituant cette tour de la vie marine ont été ramassés vers Puget Sound par l’artiste, grand collectionneur depuis l’enfance. Repérez entre autres étoiles de mer, coquillages, anémones de mer, oursins et raies Manta.

  1. Plafond persan : une immersion dans la couleur vous attend en salle 4 : une multitude de rondelles de verre aux formes florales et aux couleurs vives sont disposées sur des plaques de verre transparent suspendues au plafond à travers lequel passe la lumière. Ce tapis persan de verre me rappelle aussi la magie infinie des kaléidoscopes, grandeur nature.

  1. Mille Fiori: Vient ensuite un jardin enchanté de quelques 14 mètres de long, offrant de nombreux points de vue. L’agencement percutant de formes hétéroclites et de couleurs luxuriantes rappelle des ornements floraux. ‘Un millier de fleurs’ en italien témoigne de l’attirance de Chihuly pour la botanique depuis l’enfance, un intérêt qu’il tient de sa mère amatrice d’horticulture et de jardins.

3 murs de dessin : l’apparente simplicité de ce passage contraste avec son importance. Il souligne deux événements de la vie de Chihuly : celui-ci a perdu la vue de son œil gauche dans un accident de la route en 1976 et s’est disloqué l’épaule en 1979 en faisant du bodysurf, si bien qu’il n’exerce plus en tant que souffleur de verre depuis. Le dessin incluant toutes sortes de modules comme le graphite, fusain et acrylique lui est désormais essentiel pour transmettre sa vision à son équipe, la guider dans l’exécution et la réalisation de ses projets toujours plus ambitieux. Il se décrit d’ailleurs comme « chorégraphe plutôt que danseur, superviseur plutôt que participant, directeur plutôt qu’acteur. »

  1. Barques Niijima et aux Éléments Ikebana : les fleurs et sphères débordant de barques de presque 2 mètres de long jouent avec les reflets étirés voire déformés de l’eau. Une vision apaisante et relaxante réveillée par des couleurs audacieuses, qui vous transporte sinon au Japon au moins dans un monde parallèle.

  1. Chandeliers: L’interaction du mobilier avec l’espace a toujours fasciné Chihuly, diplômé d’architecture d’intérieur, comme en témoigne cette salle dédiée aux chandeliers, tous plus originaux les uns que les autres.

  1. Forêt de Macchia : la palette de couleurs de la dernière salle témoigne de la variété de teintes disponibles dans l’atelier de Chihuly : 300. Il a réalisé ses Macchia, bols sculpturaux aux parois et bords ondulés de grand format -jusqu’à 1 mètre de hauteur et de largeur- en insérant une couche de blanc entre des couleurs contrastantes afin de renforcer et révéler l’intensité des couleurs comme le font les ciels nuageux sur les objets du quotidien.

Au sortir du hall d’exposition se trouve le chef d’œuvre et une des plus importantes réalisations de Chihuly : la verrière. Inspirée de la Sainte-Chapelle de Paris et du Crystal Palace de Londres, elle met à l’honneur 2 des fascinations de Chihuly : la botanique et les serres. Ainsi, plus de 1400 fleurs de verre dans une palette de rouges, oranges et jaunes sont suspendues sur 30 mètres à 12 mètres du sol, parfaitement intégrées dans la structure de verre et d’acier de 418 m², jouant avec la lumière du jour et du soir pour des impressions renouvelées à chacune de vos visites. Un bijou qui vous laissera rêveur !

Mais la visite est loin d’être terminée. On me propose ensuite d’assister aux démonstrations commentées d’un souffleur de verre au théâtre, genre d’atelier ouvert où l’on vous montre l’envers du décor. Quand le souffleur a terminé, des vidéos didactiques prennent le relais pour expliquer le processus créatif de Chihuly.

Je préfère me rafraîchir au jardin. Au centre de ce paysage luxuriant, sur un lit de mondo noir, le Soleil est comme un arbre de 4 mètres de diamètre émettant des rayons vrillés jaune, orange et rouge. Je continue mon chemin sur le sentier sinueux mettant en valeur autant les arbres, plants de fleurs et installations qui s’insèrent dans leur cadre végétal protecteur et reflètent le Space Needle plus haut.

Finalement, rien ne vaut un bon repas pour digérer cette explosion d’émotions. Vous pouvez mettre le couvert au restaurant Collections Café, qui s’appuie sur la passion de Chihuly pour la collecte d’objets rendus par l’océan. Les initiés assurent que ce café rappelle sa maison/atelier Boathouse sur le lac Union de Seattle. Pour la cuisine, elle fait la part belle aux produits frais du Pacifique Nord-Ouest, couplés à des bières artisanales et vins des Etats de Washington et d’Oregon à côté. Vous pouvez en profiter de midi à minuit en passant par l’après-midi.

 

Ainsi restaurés et inspirés par cet univers à couper le souffle, il ne vous restera plus qu’à passer de belles nuits blanches… à Seattle !

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