Le jardin secret d’Edward James

Un excentrique anglais du nom d’Edward James a transformé une ancienne plantation de café en un lieu magique et mystérieux, entre le château et le jardin de sculptures. Cet ensemble surréaliste développé des années 1950 à 80 répond au doux nom de « Las Pozas » (les piscines), en référence aux bassins naturels disséminés dans cette jungle subtropicale mexicaine.

Pour découvrir cet endroit extraordinaire, l’aventure commence dans un village mexicain ordinaire, avec ses chiens errants et ses façades colorées. Xilitla se trouve en Huasteca Potosina, loin des circuits touristiques habituels. Une église recouverte de chaux (une des plus anciennes de l’Etat de San Luis Potosi) trône devant la place centrale grouillante de vie, surtout les dimanches -jour de marché et de concert.

Le village est accroché aux collines, dominant la jungle et ses habitants -scorpions, serpents et autres insectes si attirants qui y vivent dans leur élément. Je reste sur le sentier et regarde où je mets les pieds en m’enfonçant dans la forêt. Une vingtaine de minutes de marche plus tard, j’arrive au lieu enchanté.

Las Pozas se trouve sur la route de migration des papillons monarques qui viennent passer l’hiver au Mexique. La légende veut que des milliers de papillons virevoltant se sont posés sur l’aristocrate Sir Edward James pendant sa promenade. Il le prit comme un signe et fit de ce sanctuaire animal son refuge.

Amateur d’oiseaux exotiques et d’animaux sauvages, Edward James y a d’abord construit des abris pour ses protégés : des biches, un cerf de Virginie, des flamands roses et des ocelots (félins d’Amérique centrale, sorte de grands chats/léopards), ainsi que des perroquets qui trônaient souvent sur les épaules du Maître.

Pour compléter son paradis terrestre, il s’est intéressé à l’architecture paysagère : près de 30 000 plantes tropicales -les orchidées étant ses favorites- égayaient ce jardin d’Eden. Un hiver historiquement froid en 1960 a malheureusement provoqué la disparition de celles-ci, d’où des zones de plantation abandonnées et un cimetière d’orchidées de béton ornant les fondations d’un bâtiment en guise de commémoration surréaliste.

Dès lors, le béton brut devient sa marque de fabrique. Il fait ériger au gré de son inspiration plus de 36 sculptures autour de la rivière, tout en laissant la nature régner dans ces quelques 32 hectares. La mousse envahit les constructions, les enracinant encore plus solidement dans le décor. Venue de ce côté de l’Atlantique pour célébrer un mariage, l’alliance béton-nature me laisse rêveuse : union surprenante mais ô combien réussie.

L’eau est partout à Las Pozas. Douce et cristalline, elle ondule gracieusement de cascades en piscines naturelles émeraudes. Ressourçante, elle est propice à la méditation si bien qu’Edward James y passait ses journées, notamment à la cascade principale dite « Piscine du Général ».

Havre de paix, c’est aussi un endroit propice aux échanges. D’ailleurs, la première construction fut un cinéma de plein air pour les villageois de cette partie reculée du Mexique. La structure est un spectacle en soi : des colonnes aux formes organiques, des arcs courbés, des fenêtres sur la jungle, des escaliers tournés vers le ciel jusqu’à 20 mètres du sol… On se croirait dans un film.

Le chemin sinue ensuite jusqu’à la cabane de l’Anglais. Poète et mécène du mouvement surréaliste -monde de fantaisie et d’irréalité-, Edward James se retirait au Mexique plusieurs mois de l’année pour écrire loin du tapage des cercles aristocratiques britanniques qu’il fuyait depuis son divorce surmédiatisé.

De là, un « pont doté de fleurs de lys » rappelle les origines nobles de Don Eduardo, et pour accéder au reste il faut se courber sous un « Œil de Dieu », comme pour saluer le Seigneur bienveillant de Las Pozas.

J’arrive à la Place Saint Isidro -patron des travailleurs. C’est ici qu’Edward James remettait leur salaire à la centaine d’ouvriers qui œuvraient à la réalisation de ce refuge. Toutes ses économies y sont passées soit plus de 5 millions de dollars, obtenus grâce à la vente de sa collection d’œuvres d’art (dont Salvador Dali, Magritte, Picasso et Klee, qu’il avait sponsorisés).

Plus loin, je découvre la « Maison aux trois étages qui pourrait en avoir cinq » et la « Porte de Saint Pierre » -apôtre des apôtres, détenteur des clefs du paradis. Là, une sorte de guillotine étroite laisse entrer seulement les innocents, accotée de niches dans lesquelles vous pouvez imaginer les Saints que vous voudrez.

  

Si vous êtes admis de ce côté du paradis, imaginez-vous à la place d’Edward James dans la double baignoire en forme d’œil : il prenait son bain dans la ‘pupille’ qu’il parfumait aux herbes et essences aromatiques, tout en admirant le cadre luxuriant et les poissons multicolores qui nageaient dans le ‘contour de l’œil’ -bassin plus profond.

Mais le comble reste à venir. Je suis bluffée par l’ensemble ésotérique suivant : un « Palais de bambou » aussi appelé « Tour de l’Espoir ». Il offre une vue dégagée et envoûtante sur la jungle, de quoi se prendre pour la Reine du monde. Tous les rêves sont permis face à une construction aussi improbable.

  

Le sourire collé aux lèvres, j’avance sur un pont menant à la « Colonne du Stégosaure« , imitation de la queue d’un dinosaure ressemblant à un armadillo -animal commun dans les environs. Dans ce monde imaginaire se tient aussi une « Salle au toit en forme de baleine », un « Rideau de bambou » et un « Sarcophage », stèle de pierre épousant la forme du corps d’Edward James pour méditer à son aise.

Que de passion aura-t-il fallu pour réaliser ce projet titanesque… d’amour, même, si l’on en croit la légende car cet écrin mystérieux aurait permis de préserver l’histoire d’amour entre Edward James et son intendant mexicain Plutarco Gastélum -marié à une jeune femme du village. En tout cas, c’est sûr, vous tomberez amoureux de l’endroit sinon du personnage haut en couleur qui y a fait vivre le surréalisme !

 

Pour rêver dans cet univers, choisissez El Castillo Xilitla, posada où séjournait Edward James faisant désormais office de maison d’hôtes :

  

  

Un petit musée en la mémoire d’Edward James est ouvert au village de Xilitla et le site de Las Pozas est entretenu depuis 2007 par la Fondation Xilitla.

Enfin pour voyager en musique, regardez les clips de Nicole Scherzinger (Try with me) et d’Empire of the Sun (We are the people), qui ont été filmés au jardin de sculptures surréalistes de Las Pozas.

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